Publié le 15 mars 2024

Contrairement à une simple activité sportive, parcourir les sentiers marrons de La Réunion est un acte de mémoire physique qui transforme le randonneur en lecteur de l’histoire.

  • La difficulté extrême de ces sentiers n’est pas un hasard, mais une stratégie de survie délibérée, une véritable « topographie de la survie ».
  • La survie dans cet environnement hostile reposait sur une connaissance intime du milieu, transformant la nature en ressource et en alliée.
  • Ces lieux ne sont pas des terrains de jeu, mais des sanctuaires de résistance qui exigent une approche respectueuse et consciente.

Recommandation : Abordez ces sentiers avec une préparation non seulement physique, mais aussi historique et spirituelle pour vivre une expérience de pèlerinage laïc et comprendre l’histoire avec votre corps.

S’aventurer sur les sentiers escarpés de La Réunion est une expérience que de nombreux randonneurs recherchent pour ses panoramas à couper le souffle. Pourtant, certains itinéraires, plus secrets et plus ardus, portent en eux une histoire bien plus profonde que celle des paysages. Ce sont les sentiers des « marrons », ces esclaves qui ont fui les plantations pour conquérir leur liberté dans les cirques et sur les pitons inaccessibles de l’île. On pense souvent qu’il suffit de lire des livres pour comprendre cette période sombre de l’histoire. On se concentre sur les noms, les dates, les faits.

Mais si la véritable clé de la compréhension n’était pas dans les archives, mais sous nos propres pieds ? Et si l’effort physique, la sueur, la peur du vide et l’orientation difficile n’étaient pas des obstacles, mais des portes d’entrée vers une empathie historique ? Cet article propose une rupture. Il ne s’agit pas de voir ces sentiers comme un défi sportif, mais comme un acte de mémoire corporelle. Nous explorerons comment chaque racine glissante, chaque pente vertigineuse et chaque plante de survie raconte une facette de la résistance, de l’ingéniosité et de la quête éperdue de liberté des marrons.

En suivant cette approche, la randonnée devient une lecture physique du passé. Nous verrons pourquoi ces sentiers sont techniquement plus exigeants que les circuits balisés, qui étaient les hommes et les femmes qui leur ont donné leur nom, et comment ils ont survécu dans un environnement que l’on pensait inhabitable. Ce guide est une invitation à marcher différemment, avec respect et conscience, pour que chaque pas devienne un hommage.

Cet article s’articule autour des questions essentielles pour transformer une simple randonnée en un pèlerinage mémoriel. En explorant la dureté des sentiers, l’histoire des chefs marrons, les dangers actuels, les stratégies de survie et l’importance du respect, nous construirons une compréhension physique de cet héritage réunionnais.

Pentes raides et végétation dense : pourquoi les sentiers marrons sont-ils plus durs que les GR ?

La différence fondamentale entre un sentier de Grande Randonnée (GR) et un sentier marron ne réside pas seulement dans le balisage, mais dans leur intention originelle. Le GR est conçu pour le plaisir du marcheur : il contourne les obstacles, propose des pentes régulières et est entretenu pour garantir la sécurité. Le sentier marron, lui, est l’exact opposé. Il n’a pas été tracé pour être agréable, mais pour être efficace dans la fuite et la dissimulation. C’est une topographie de la survie.

Ces tracés épousent les lignes les plus abruptes des remparts, suivent des ravines cachées et traversent une végétation si dense qu’elle forme un mur végétal. La difficulté n’est pas un défaut, c’est sa fonction première : décourager les poursuivants et rendre les camps de marrons littéralement imprenables. L’étude de la « vallée secrète » dans le cirque de Cilaos, un refuge utilisé entre 1809 et 1835, montre bien cette logique : le site était parfaitement dissimulé et inaccessible, une forteresse naturelle. L’ampleur du phénomène était telle que le marronnage touchait entre 2,5% et 7% de la population esclave chaque année, créant une véritable société parallèle dans les hauteurs de l’île.

L’image suivante met en lumière cette opposition fondamentale entre un chemin aménagé pour le loisir et une trace dictée par l’impératif de survie.

Comparaison visuelle entre un sentier GR aménagé et un ancien sentier marron non balisé à La Réunion

Cette distinction est essentielle. Marcher sur un sentier marron, c’est ressentir physiquement le choix stratégique du terrain. Chaque pas incertain sur les lapillis (graviers volcaniques), chaque prise sur une racine exposée est une immersion directe dans la logique de dissimulation et de défense des fugitifs. Le corps comprend alors ce que l’esprit ne peut qu’imaginer : la liberté avait le prix d’un effort et d’un danger constants.

Dimitile ou Anchaing : qui étaient les chefs marrons qui ont donné leur nom aux sommets ?

Les sommets de La Réunion ne sont pas que des repères géographiques ; ils sont un panthéon à ciel ouvert. Les noms de Dimitile, Anchaing, Mafate ou Cimandef ne sont pas de simples toponymes. Ils sont la mémoire gravée dans la roche de chefs et cheffes de « camps » ou de « royaumes » marrons, des leaders qui ont organisé la résistance et la vie dans ces refuges montagneux. Comme le souligne le portail dédié à l’histoire de l’esclavage à La Réunion, ces noms célèbrent des figures qui ont marqué l’histoire de l’île par leur courage et leur détermination.

Ces toponymes, attachés à des lieux remarquables de l’île, tels qu’Anchain, le nom d’un pic, ou Dimitile dans le sud, célèbrent des fugitifs qui ont apporté une importante contribution à l’histoire de Bourbon-La Réunion.

– Portail de l’esclavage de La Réunion, Société de plantation, histoire et mémoires de l’esclavage

Cependant, l’histoire a souvent invisibilisé le rôle crucial des femmes. Des noms comme Héva, Sarlave, Simangalove ou Raharianne flottent aussi sur les sommets. Ces femmes n’étaient pas que des suiveuses ; elles étaient au cœur de la société marronne, assurant la vie des camps, la transmission des savoirs sur les plantes médicinales, des croyances et des pratiques culturelles. Elles ont été des piliers de la survie et des actrices majeures du métissage de l’île. Reconnaître leur nom, c’est rendre à l’histoire sa complexité et sa justesse.

Le courage de ces hommes et de ces femmes doit être mesuré à l’aune de la violence de la répression. Le choix de la fuite était une sentence de mort quasi certaine. Entre 1725 et 1765, les archives témoignent de la brutalité de la chasse à l’homme : sur 784 marrons en fuite depuis plus de six mois, 270 furent tués et 76 moururent en détention. Ces chiffres glaçants expliquent la nécessité de trouver des refuges toujours plus hauts, toujours plus inaccessibles, et donnent aux noms de ces sommets le poids d’un mémorial.

Pourquoi est-il dangereux de s’aventurer seul sur des sentiers non balisés par l’ONF ?

Le danger des sentiers marrons aujourd’hui est un écho direct des conditions de survie d’hier. S’y aventurer sans préparation et sans guide revient à ignorer la nature même de ces chemins : ils sont conçus pour être déroutants et périlleux. L’absence de balisage par l’Office National des Forêts (ONF) n’est pas un oubli, mais le signe qu’ils ne répondent à aucune norme de sécurité pour la randonnée de loisir. Les risques sont multiples et bien réels : pertes d’orientation, chutes dues à l’instabilité du sol, absence totale de points d’eau, et changements météorologiques soudains et violents, typiques des Hauts de l’île.

Partir seul, c’est s’exposer à un isolement total en cas d’accident. Le réseau téléphonique est souvent inexistant, et les chances d’être retrouvé par hasard sont quasi nulles. Ces sentiers ne sont pas des boucles touristiques ; ce sont des cicatrices dans le paysage, parfois à peine visibles. Le danger est aussi géologique : les ravines peuvent se transformer en torrents en quelques minutes lors d’une forte pluie, et les éboulements sont fréquents sur ces terrains volcaniques jeunes et instables.

Face à ces risques, une préparation rigoureuse n’est pas une option, mais une obligation. Engager un guide local « péi » est la première des sécurités. Ces guides ne sont pas seulement des experts du terrain ; ils sont souvent les dépositaires d’une histoire familiale et orale liée à ces lieux, offrant une dimension que nul topo-guide ne peut remplacer.

Plan d’action : Votre sécurité sur les traces des marrons

  1. Ne jamais partir seul : privilégier les guides locaux « péi » dépositaires de l’histoire familiale.
  2. Prévoir des équipements spécifiques : chaussures à haute adhérence pour les lapillis et les racines, vêtements de pluie.
  3. Emporter suffisamment d’eau et de nourriture : l’autonomie est totale, il n’y a aucun point d’eau aménagé.
  4. Respecter la dimension spirituelle : informer ses proches de l’itinéraire et ne pas sous-estimer la charge émotionnelle des lieux.
  5. Se préparer aux changements météo brutaux : consulter les prévisions pour les Hauts et être prêt à rebrousser chemin.

En prenant ces précautions, le randonneur ne fait pas que se protéger. Il rend hommage à l’ingéniosité des marrons qui, eux, n’avaient ni équipement moderne, ni carte, ni bulletin météo. Ressentir une fraction de leur vulnérabilité, tout en étant en sécurité, est une forme puissante de mémoire corporelle.

Faham et chou palmiste : comment les marrons survivaient-ils dans la forêt ?

La survie dans les Hauts de La Réunion n’était pas qu’une question de courage, mais avant tout d’intelligence et de connaissance profonde du milieu. La forêt hostile pour les colons était un garde-manger et une pharmacie pour les marrons. Ils ont développé une science de la survie, une ethnobotanique créole dont les savoirs se transmettent encore aujourd’hui. Loin de l’image de fugitifs affamés, ils étaient des chasseurs, des cueilleurs et parfois même des cultivateurs experts.

Les fouilles archéologiques menées dans la « vallée secrète » ont révélé des stratégies alimentaires précises. L’étude montre que les marrons se nourrissaient de manière saisonnière de pétrels de Barau, des oiseaux marins endémiques nichant en altitude, en capturant les jeunes au nid. Ce régime était complété par la chasse au cochon marron (porc retourné à l’état sauvage) et la cueillette d’une multitude de plantes. Le chou palmiste, le cœur tendre de certains palmiers, était une ressource précieuse, tout comme les racines, les fruits sauvages et les « zèrbages » aux vertus médicinales.

Parmi ces plantes, l’orchidée Faham (Jumellea fragrans) est emblématique. Ses feuilles, utilisées en infusion, servaient de fortifiant et de remède contre les affections respiratoires. Cette connaissance intime de la flore et de la faune était la clé de leur autonomie et de leur liberté. Loin d’être des « sauvages », ils étaient les véritables connaisseurs de l’écosystème réunionnais.

Composition de plantes endémiques de La Réunion utilisées par les marrons pour survivre dans la forêt

Ce savoir-faire écologique ancestral représente un héritage d’une valeur inestimable. Comme le suggère une analyse du portail de l’esclavage, les techniques développées par les fugitifs pourraient aujourd’hui inspirer des approches écologiques modernes. En observant la nature avec leurs yeux, on ne voit plus une simple forêt, mais un réseau complexe de ressources et de possibilités, un témoignage vivant de la résilience humaine.

Silence et respect : l’erreur de considérer ces lieux comme de simples terrains de sport

La plus grande erreur que l’on puisse commettre en abordant un sentier marron est de n’y voir qu’une performance physique, un « trail » où l’on mesure son temps et sa résistance. Le faire, c’est passer à côté de l’essentiel. C’est piétiner une histoire sans la voir, c’est transformer un mémorial en stade. Ces lieux sont avant tout des sanctuaires. Ils sont imprégnés de la souffrance, de l’espoir et de l’esprit de résistance de milliers de personnes. Ils commandent une approche quasi spirituelle, un pèlerinage laïc.

L’archéologue Edouard Jacquot résume cette idée avec une force poignante. Pour lui, face à l’absence de récits écrits laissés par les esclaves, le paysage lui-même devient le texte ultime, le témoignage le plus direct de leur passage.

Le marronnage a forgé l’identité de ce territoire. Son étude est sûrement la thématique où l’archéologie a le plus à apporter à l’histoire de La Réunion. Les esclaves n’ont laissé aucun récit. Ils ont écrit leur histoire dans la terre.

– Edouard Jacquot, Goût Nature – L’archéologie du marronnage

Marcher dans le silence, c’est se donner une chance d’entendre cette histoire écrite dans la terre. C’est permettre à l’esprit de se connecter à la mémoire du lieu. Éteindre la musique, ranger le téléphone, et se concentrer sur le bruit du vent dans les feuilles, le contact de la roche sous la main, l’odeur de la terre humide. C’est par cette attention sensorielle que s’opère la mémoire corporelle. Le respect se manifeste donc par des gestes concrets, une « charte » non-écrite du marcheur mémoriel :

  • Marcher une partie du parcours en silence, en hommage aux ancêtres.
  • Éviter toute distraction sonore pour se connecter pleinement au lieu.
  • Prendre le temps de toucher la roche, de sentir la terre, de ressentir physiquement l’histoire.
  • Ne rien prélever sur le site, que ce soit une plante ou une pierre, pour respecter son intégrité mémorielle.
  • Laisser le lieu aussi intact qu’on l’a trouvé, comme un gardien de passage.

Adopter cette posture change tout. La fatigue n’est plus un simple épuisement, mais l’écho de celle des fugitifs. Le panorama n’est plus une simple vue, mais le symbole de la liberté conquise. La randonnée devient une conversation silencieuse avec le passé.

Lazaret et stèles : où se recueillir pour comprendre l’histoire de l’engagisme ?

L’histoire de l’exploitation à La Réunion ne s’arrête pas avec l’abolition de l’esclavage en 1848. Pour maintenir la production sucrière, les grands propriétaires se tournent massivement vers une nouvelle forme de main-d’œuvre sous contrat : l’engagisme. Des dizaines de milliers de travailleurs, principalement d’Inde, mais aussi d’Afrique et de Chine, sont recrutés. Bien que « libres » sur le papier, leurs conditions de vie et de travail sont souvent si proches de l’esclavage que la distinction devient floue.

L’étude de cette période révèle une continuité dans l’exploitation. Un procureur du Roi de l’époque écrivait lui-même : « peu d’habitants ont compris la position de ces travailleurs libres. Presque partout, on les traite comme des esclaves de l’habitation. » Les châtiments corporels, les salaires non payés et le marronnage des engagés perdurent. L’ampleur du phénomène est frappante : les archives montrent que l’engagisme a pris une ampleur considérable avec, en 1860, 37 777 travailleurs indiens, 26 748 africains et 423 chinois présents sur l’île. Les mauvais traitements infligés aux engagés indiens furent tels que le gouvernement britannique en suspendit définitivement le recrutement en 1882.

Pour comprendre cette page complexe de l’histoire réunionnaise, plusieurs lieux de mémoire existent. Le plus emblématique est sans doute le Lazaret de la Grande Chaloupe. C’était le lieu de quarantaine obligatoire pour tous les engagés arrivant sur l’île. Aujourd’hui restauré, il est devenu un lieu d’exposition et de mémoire qui retrace le parcours de ces hommes et de ces femmes. On peut également trouver des stèles et des mémoriaux dédiés aux engagés dans plusieurs cimetières de l’île, notamment dans les communes de l’Est et du Sud, où les plantations de canne à sucre étaient nombreuses. Se recueillir en ces lieux permet de connecter l’histoire du marronnage à celle qui lui a succédé, et de comprendre que la quête de dignité a continué bien après 1848.

L’erreur de cueillir une orchidée sauvage croyant que c’est une fleur commune

Le respect dû aux sentiers marrons ne s’arrête pas à la mémoire historique ; il s’étend intrinsèquement à leur écrin naturel. Le patrimoine culturel et le patrimoine naturel sont ici indissociables. Cueillir une fleur, déplacer une roche, c’est non seulement un acte irrespectueux envers la nature, mais cela peut aussi être la destruction d’un vestige. L’erreur la plus commune est de prélever une plante, comme une orchidée sauvage, la croyant commune. Or, de nombreuses espèces, comme le Faham utilisé par les marrons, sont endémiques, rares et protégées.

Le territoire des Hauts de La Réunion, refuge des marrons, est aujourd’hui au cœur du Parc national de La Réunion, un site classé au patrimoine mondial de l’UNESCO pour ses « Pitons, cirques et remparts ». Cette reconnaissance internationale souligne la valeur exceptionnelle de sa biodiversité. Toucher à cet écosystème, c’est porter atteinte à un héritage planétaire. Les archéologues rappellent que le moindre objet trouvé sur ces sentiers – un tesson de poterie, un outil rudimentaire, une pierre taillée – peut être une pièce du puzzle de l’histoire du marronnage. Le prélèvement est une perte irréparable pour la science et la mémoire collective.

La règle d’or est donc de ne laisser aucune trace de son passage, si ce n’est celle de ses pas. Il est de la responsabilité de chaque marcheur de devenir un gardien de ce double patrimoine. Pour cela, des règles simples s’imposent :

  • Ne jamais cueillir de plantes, fleurs ou fruits. Beaucoup sont protégés et essentiels à l’écosystème.
  • Éviter tout prélèvement d’objets ou de roches. Ce qui semble anodin peut être un vestige archéologique.
  • Photographier sans toucher est la meilleure façon de conserver un souvenir tout en préservant le site.
  • Signaler toute découverte qui semble anormale (ossements, structures en pierre) aux autorités compétentes (ONF, DAC-OI) sans y toucher.

En protégeant la nature de ces lieux, on protège l’histoire qu’elle renferme. Chaque orchidée qui fleurit est un hommage vivant à la résilience de ceux qui ont vécu à ses côtés.

À retenir

  • La difficulté des sentiers marrons est une caractéristique stratégique voulue pour la survie, non un défaut.
  • Marcher sur ces traces est un « pèlerinage laïc » qui exige une approche respectueuse, silencieuse et consciente, bien au-delà de la performance sportive.
  • Le patrimoine naturel (plantes, roches) et le patrimoine culturel (histoire, vestiges) sont indissociables et doivent être protégés avec la même rigueur.

Pourquoi le 20 décembre est-il la date la plus importante du calendrier réunionnais ?

Le 20 décembre n’est pas un simple jour férié à La Réunion. C’est le cœur battant de l’identité créole, la « Fèt Kaf ». Cette date commémore l’abolition de l’esclavage sur l’île en 1848. C’est le jour où, officiellement, la liberté a été proclamée par le commissaire de la République Joseph Napoléon Sarda Garriga. Ce jour-là, plus de 62 000 personnes, soit près des deux tiers de la population de l’île, ont accédé au statut de citoyens. Ce chiffre vertigineux donne la mesure de l’événement.

L’importance de cette date est renforcée par l’histoire de sa proclamation. En effet, une première abolition avait été décrétée par la Convention en 1794, mais les colons de l’île l’avaient violemment refusée, allant jusqu’à expulser les commissaires venus l’appliquer. Il aura fallu attendre plus d’un demi-siècle pour que la liberté soit enfin une réalité. Sarda Garriga prit d’ailleurs deux mois, entre son arrivée et la proclamation, pour préparer les esprits et éviter un bain de sang, tant la résistance des propriétaires était forte.

Aujourd’hui, la Fèt Kaf est bien plus qu’une simple commémoration historique. C’est une célébration vibrante de la culture créole sous toutes ses formes. C’est le jour où résonne plus fort que jamais le Maloya, cette musique faite de percussions et de chants qui était la complainte des esclaves dans les plantations et le chant de ralliement des marrons dans les montagnes. Longtemps interdit car jugé subversif, le Maloya est aujourd’hui classé au patrimoine culturel immatériel de l’humanité par l’UNESCO. Célébrer le 20 décembre, c’est donc célébrer la fin d’une oppression, l’aboutissement de la lutte des marrons, et la naissance d’une culture riche et métissée qui a su transformer la douleur en une formidable énergie de vie.

Pour boucler la boucle de ce pèlerinage mémoriel, il est essentiel de comprendre que la célébration d’aujourd’hui prend racine dans la souffrance et la résistance d'hier.

Marcher sur les traces des marrons n’est donc pas anodin. C’est un engagement. C’est choisir de ne pas être un simple consommateur de paysages, mais un participant actif à la mémoire de l’île. Pour aller plus loin dans cette démarche, l’étape suivante consiste à préparer votre prochaine randonnée non seulement avec une carte, mais aussi avec un livre d’histoire.

Questions fréquentes sur les sentiers marrons et l’histoire de l’esclavage à La Réunion

Qui était Mafate ?

Mafate est une figure légendaire du marronnage à La Réunion, souvent décrit comme un chef marron d’origine malgache qui aurait trouvé refuge dans le cirque qui porte aujourd’hui son nom. Comme pour Anchaing ou Dimitile, son histoire se mêle au mythe, mais il symbolise la résistance et la conquête des territoires les plus inaccessibles de l’île par les esclaves en fuite.

Quelle est l’histoire du Maloya ?

Le Maloya est une forme de musique, de chant et de danse née à La Réunion. Il trouve ses origines dans les complaintes des esclaves malgaches et africains travaillant dans les plantations de canne à sucre. C’était un moyen d’expression de leur douleur et de leur nostalgie, mais aussi un rituel pour communiquer avec les ancêtres. Longtemps interdit par les autorités coloniales pour son caractère jugé subversif, il est devenu un symbole de l’identité réunionnaise et est aujourd’hui inscrit au patrimoine culturel immatériel de l’humanité par l’UNESCO.

Rédigé par Jean-René Virapoullé, Historien et médiateur culturel, expert du patrimoine religieux et de l'histoire du peuplement de La Réunion. Ancien conservateur adjoint, spécialiste du dialogue interreligieux et des traditions tamoules.