Publié le 12 mars 2024

En résumé :

  • L’autonomie à Mafate ne consiste pas à tout porter, mais à savoir de quoi se passer pour gagner en liberté.
  • Le choix du point d’entrée (Col des Bœufs ou Rivière des Galets) dépend plus de votre état de fatigue que de la distance.
  • Chaque déchet que vous produisez doit repartir avec vous ; l’évacuation par hélicoptère est une charge logistique et financière immense pour le cirque.
  • Prévoyez suffisamment d’argent liquide, car la carte bancaire est inutile dans les îlets.
  • Votre sac à dos est votre meilleur allié ou votre pire ennemi : visez 8 kg maximum pour 3 jours de marche.

Les touristes voient des sentiers, moi je vois mes tournées. Depuis des années que je marche dans Mafate, j’ai vu passer tous les profils de randonneurs. Surtout ceux qui arrivent au premier lacet, le visage cramoisi, écrasés par un sac à dos qui pourrait contenir une maison. Ils ont suivi les guides classiques : de bonnes chaussures, une grande gourde, un équipement dernier cri. Mais ils ont oublié l’essentiel. Mafate ne se conquiert pas avec du matériel, mais avec la tête.

L’idée reçue, c’est que l’autonomie signifie tout prévoir, tout porter. C’est une erreur de « zoreille ». La vraie autonomie ici, la philosophie du Mafatais, c’est l’inverse : c’est l’art de la légèreté, la science du superflu. Chaque gramme que vous portez en trop est un « poids moral » qui vous usera plus sûrement que le dénivelé. Oubliez la logistique, et pensez physique. Pensez effort. Votre objectif n’est pas de survivre dans la nature, mais de vivre avec elle, en respectant son rythme et celui de vos propres jambes.

Mais si la véritable clé n’était pas dans ce que vous emportez, mais dans tout ce que vous décidez de laisser derrière vous ? Ce guide n’est pas une liste de courses. C’est un état d’esprit. Celui d’un facteur qui connaît chaque caillou et chaque piège du cirque. Je vais vous apprendre à choisir votre porte d’entrée non pas sur une carte, mais selon votre corps, à gérer vos déchets non pas par écologie, mais par respect pour notre travail, et à faire de votre sac un compagnon de route, pas un fardeau.

Cet article est conçu pour vous guider pas à pas dans cette préparation mentale et physique. Explorez les différentes facettes de l’organisation d’un trek en autonomie à Mafate, des choix logistiques cruciaux à l’état d’esprit à adopter pour une expérience authentique et réussie.

Sommaire : Préparer sa randonnée à Mafate sans voiture : les secrets d’un local

Col des Bœufs ou Rivière des Galets : quel accès choisir selon votre niveau de fatigue ?

Chaque porte d’entrée dans Mafate a son caractère. En tant que facteur, je les connais toutes, et croyez-moi, on ne les choisit pas au hasard. Oubliez les calculs de kilomètres, et écoutez plutôt votre corps. Le Col des Bœufs, c’est la porte la plus « douce ». Vous arrivez par le cirque de Salazie et la descente est progressive. C’est l’option que je conseille à ceux qui arrivent déjà fatigués par le trajet en bus. Vous gardez votre énergie pour le cœur du cirque. La Rivière des Galets, c’est une autre histoire. On part du niveau de la mer pour monter. C’est plus exigeant d’emblée, un véritable test pour les mollets. Ne vous laissez pas avoir par l’idée de prendre le 4×4 qui remonte la rivière : la marche commence vraiment après, et elle est raide.

Le Maïdo, lui, c’est pour les guerriers. La descente est vertigineuse, brutale pour les genoux. C’est magnifique, mais c’est un engagement physique total dès le premier pas. Pour une première approche sans voiture, concentrez-vous sur les deux premières options. L’illustration ci-dessous vous donne une idée de la topographie, mais seule la sensation dans vos jambes vous dira si vous avez fait le bon choix. Votre trek commence bien avant le premier sentier : il commence dans le bus, quand vous décidez quelle sera votre première épreuve.

Vue aérienne des trois points d'accès au cirque de Mafate avec les sentiers serpentant dans la montagne

Pour vous aider à prendre une décision rationnelle, voici une comparaison directe des deux accès principaux en transport en commun. Gardez à l’esprit que les temps de trajet sont indicatifs et dépendent des correspondances et de votre rythme de marche. La difficulté est le critère le plus important : une entrée facile signifie plus d’énergie pour les jours suivants.

Ce tableau vous aide à visualiser les contraintes logistiques pour chaque point d’accès. Prenez en compte les correspondances de bus et le dénivelé pour faire un choix éclairé.

Comparatif des accès à Mafate sans voiture
Accès Transport en commun Difficulté Temps depuis Saint-Denis
Col des Bœufs Ligne 82 Estival jusqu’au Bélier puis 82C Facile 3h30 (bus + marche)
Rivière des Galets Ligne 8a Kar’Ouest jusqu’à Dos d’Âne Modéré à difficile 4h (bus + marche)
Maïdo Ligne 8.5 Kar’Ouest (desserte limitée) Très difficile 5h (bus + marche)

Au final, la meilleure porte d’entrée est celle qui respecte votre condition physique du jour J. Mieux vaut une heure de bus en plus et une descente douce, qu’une entrée « rapide » qui vous grille pour le reste du séjour.

Pourquoi devez-vous absolument remonter tous vos déchets hors du cirque ?

Chaque emballage de barre de céréales, chaque bouteille en plastique, chaque peau de banane que vous laissez dans une poubelle de Mafate, je la retrouve. Ou plutôt, mes collègues la retrouvent. Et ce déchet commence alors un long et coûteux voyage. Il est collecté à dos d’homme, stocké, puis chargé dans un « big-bag » en attendant l’hélicoptère. C’est la seule sortie pour nos poubelles. Et cette sortie a un prix exorbitant. Pensez-y : une rotation d’hélicoptère pour évacuer les déchets coûte environ 3000€. Ce coût se répercute sur la vie dans le cirque et sur la préservation de ce site unique.

Le principe est simple : tout ce que vous êtes assez fort pour amener plein, vous êtes assez fort pour le remporter vide. C’est une question de respect. Respect pour la nature, bien sûr, mais surtout respect pour les habitants et les travailleurs qui se battent pour garder ce lieu propre. Un déchet abandonné n’est pas « pris en charge », il devient le fardeau de quelqu’un d’autre. Adopter une démarche zéro-déchet n’est pas une option pour Mafate, c’est une obligation morale. Il suffit de quelques réflexes simples pour alléger votre sac au retour, et surtout, la conscience de tout le cirque.

Voici quelques éléments concrets pour constituer votre kit de randonneur responsable :

  • Acheter une gourde filtrante : C’est l’investissement le plus rentable. Vous trouverez des sources ou des robinets dans chaque îlet. Cela évite de porter des litres d’eau et de générer des bouteilles plastiques.
  • Prendre un savon solide polyvalent : Un seul savon pour le corps, les cheveux et la lessive. Il est plus léger et sans emballage plastique.
  • Prévoir des sacs à vrac réutilisables : Pour vos fruits secs, vos céréales… Moins de sachets, moins de volume.
  • Emporter deux sacs étanches : Un pour les déchets secs (papiers, plastiques) et un pour les déchets humides (restes de nourriture).
  • L’astuce du facteur : Ajouter du marc de café séché dans le sac de déchets humides. C’est un excellent désodorisant naturel qui vous évitera bien des désagréments.

En ramenant vos déchets, vous ne faites pas qu’un geste écologique. Vous participez activement à la vie du cirque et montrez votre respect pour ceux qui y vivent toute l’année. C’est ça, l’esprit Mafate.

Marla ou La Nouvelle : quel îlet choisir pour une première nuit dans le cirque ?

Le choix de votre premier îlet pour la nuit va conditionner l’ambiance de votre entrée dans Mafate. On peut les résumer simplement : La Nouvelle, c’est l’îlet « social » ; Marla, c’est l’îlet « refuge ». Votre décision dépendra de ce que vous cherchez après votre première journée de marche. La Nouvelle est le plus grand et le plus peuplé des îlets. On y trouve plus de services : plusieurs gîtes, deux épiceries, et même un bar où les randonneurs se retrouvent le soir pour partager une Dodo. C’est un lieu de vie, animé, presque un village de montagne. C’est rassurant pour une première expérience.

Marla, perché plus haut, au pied du col du Taïbit, offre une atmosphère radicalement différente. Plus petit, plus calme, c’est le choix de ceux qui cherchent l’isolement et l’authenticité. Le soir y est plus silencieux, l’ambiance plus rustique. C’est un peu plus loin depuis le Col des Bœufs, ce qui demande un effort supplémentaire le premier jour. Comme le soulignent les connaisseurs, La Nouvelle, l’îlet le plus peuplé avec 150 habitants, offre plus de services avec ses boutiques et son bar central. Marla, situé au pied du col du Taïbit, propose une ambiance plus rustique et calme pour ceux cherchant l’isolement. Il n’y a pas de bon ou de mauvais choix, juste une question de préférence personnelle : l’énergie d’une place de village ou la quiétude d’un refuge de haute montagne.

Vue panoramique de l'îlet de La Nouvelle avec ses cases créoles nichées entre les remparts de Mafate

Pour vous aider à arbitrer entre l’ambiance et la logistique, ce tableau compare les deux îlets sur des critères objectifs. La distance depuis le Col des Bœufs et l’altitude sont des facteurs physiques à ne pas négliger.

La Nouvelle vs Marla : aide à la décision
Critère La Nouvelle Marla
Distance depuis Col des Bœufs 2h30 de marche 4h de marche
Altitude 1400m 1630m
Services 2 épiceries, 1 bar, 8 gîtes 1 épicerie, 1 snack, 5 gîtes
Capacité d’accueil 200 lits environ 120 lits environ
Ambiance Animée, touristique Calme, authentique

Mon conseil de facteur ? Si c’est votre toute première fois et que vous êtes seul, commencez par La Nouvelle pour vous acclimater. Si vous êtes déjà un randonneur aguerri en quête de tranquillité, poussez jusqu’à Marla. Vous ne le regretterez pas.

L’erreur de ne pas prévoir assez d’argent liquide pour les boutiques de Mafate

C’est l’erreur du débutant par excellence, celle que je vois toutes les semaines. Des randonneurs qui arrivent au gîte ou à la petite boutique de l’îlet, et qui sortent leur carte bancaire avec un grand sourire. La carte bleue, ici, elle peut servir de cale pour une table bancale, mais c’est à peu près tout. À Mafate, le liquide est roi. Il n’y a pas de terminaux de paiement, pas de distributeurs. La connexion internet est bien trop aléatoire et l’infrastructure n’existe tout simplement pas. Tout se paie en espèces : le gîte, le repas, la bière Dodo bien méritée, la conserve de cassoulet achetée en dépannage, le petit souvenir artisanal.

Ne pas prévoir assez de liquide, c’est se mettre dans une situation de dépendance et de stress inutile. Vous devrez compter sur la générosité d’autres randonneurs ou vous priver de choses simples qui font aussi le plaisir du trek. La question n’est pas « combien », mais « comment le calculer ». Il faut tout anticiper. Le budget n’est pas énorme, mais il doit être disponible. Selon les retours des gîteurs, pour être tranquille, il est sage de prévoir environ 250€ en liquide pour 3 jours par personne. Cela peut sembler beaucoup, mais cette somme inclut une marge de sécurité indispensable.

Pour vous donner un ordre d’idée concret, voici un budget type pour une personne sur 3 jours :

  • 2 Nuits en gîte (demi-pension) : 2 x 65€ = 130€
  • 2 Pique-niques pour le midi : 2 x 12€ = 24€
  • Boissons et extras : 2 bières par jour (4€ x 2 x 2 = 16€) + autres boissons = 25€
  • Conserves de secours / imprévus : 2 x 8€ = 16€
  • Marge de sécurité (30%) : environ 60€

Ce calcul simple vous amène déjà au-delà des 250€. Prévoyez large. L’argent que vous ne dépensez pas rentrera avec vous, mais celui qui vous manque peut transformer une belle aventure en une source d’inquiétude.

Alors, avant de prendre le bus, votre dernier arrêt doit être un distributeur de billets. C’est le passeport le plus important pour un séjour serein à Mafate.

Kilo superflu : comment alléger son sac à 8kg pour 3 jours de marche ?

Le poids du sac, c’est le sujet numéro un dans le cirque. J’ai vu des gens abandonner à cause de ça. Le « poids moral » d’un sac trop lourd vous détruit de l’intérieur. Chaque montée devient une torture, chaque pas une souffrance. L’objectif pour 3 jours ne doit pas dépasser 8 kg, eau et nourriture comprises. C’est un défi, mais c’est la clé de la liberté. Pour y arriver, il faut être impitoyable avec le superflu. Chaque objet doit passer le test : « Est-ce que ma vie en dépend ? Est-ce que je peux le remplacer par quelque chose de plus léger ou de multifonction ? ».

La règle d’or est simple : vous portez une tenue de marche, et dans votre sac, vous avez une tenue sèche pour le soir. C’est tout. Le reste, c’est de l’optimisation. L’erreur classique est de prendre trop d’eau. Avec une gourde filtrante ou des pastilles purifiantes, vous pouvez vous ravitailler dans chaque îlet. Inutile de porter 3 litres dès le départ. Pour la nourriture, privilégiez le sans cuisson pour les midis : la semoule qui gonfle à l’eau froide, les wraps, les barres énergétiques… Chaque gramme gagné est une victoire.

Voici la liste minimaliste, celle que je donnerais à mon propre fils :

  • Le système 3 couches : 1 t-shirt technique (mérinos si possible, pour les odeurs), 1 micro-polaire, 1 veste imperméable et respirante. C’est tout ce dont vous avez besoin pour faire face à toutes les météos.
  • L’eau : Une gourde de 2L maximum et des pastilles Micropur. Les sources sont régulières, environ tous les 4 km sur les sentiers principaux.
  • La nourriture de midi : 3 repas qui ne nécessitent pas de réchaud. Le soir, vous mangez au gîte.
  • L’exception qui confirme la règle : 3 paires de chaussettes de randonnée. Avoir les pieds au sec est la priorité absolue pour éviter les ampoules. C’est le seul domaine où le « au cas où » est autorisé.
  • La tenue de repos : 1 pantalon léger, 1 t-shirt propre, 1 paire de chaussettes sèches. C’est votre récompense du soir.

Votre plan d’action pour un sac de moins de 8 kg

  1. Inventaire complet : Sortez TOUT ce que vous prévoyez d’emporter et posez-le sur le sol. Pesez chaque article.
  2. Chasse au double-emploi : Avez-vous un couteau suisse qui peut remplacer plusieurs outils ? Un savon solide qui fait aussi shampoing et lessive ? Éliminez les doublons.
  3. Questionnez chaque vêtement : « Est-ce une tenue de marche ou une tenue de repos ? » Si la réponse est « ni l’un ni l’autre », il reste à la maison. La seule exception : 3 paires de chaussettes.
  4. Optimisation des contenants : Transvasez le dentifrice, la crème solaire dans des mini-flacons de voyage. Retirez les emballages en carton superflus.
  5. Pesée finale et sacrifice : Pesez le sac complet. S’il dépasse 8 kg, retirez l’élément le moins essentiel, même si ça vous fait mal au cœur. Répétez jusqu’à atteindre l’objectif.

Un sac léger ne vous permet pas seulement d’aller plus vite ou plus loin. Il vous permet de lever la tête, de profiter du paysage, et d’arriver au gîte avec le sourire plutôt qu’une grimace. C’est ça, le vrai luxe à Mafate.

Panneaux solaires et générateurs : comment gérer l’énergie limitée dans les îlets ?

Quand vous entrez dans Mafate, vous entrez dans une autre dimension énergétique. Ici, chaque watt est précieux. L’électricité provient quasi exclusivement de panneaux solaires individuels, parfois complétés par un groupe électrogène qui tourne quelques heures le soir. Il n’y a pas de réseau EDF. Cela signifie que l’énergie est limitée, intermittente et dépendante du soleil. Vous ne pouvez pas arriver au gîte et brancher vos cinq appareils comme à la maison. C’est une ressource à partager, et elle est d’abord pour les habitants.

Votre smartphone, qui vous semble si indispensable, devient soudain un poids mort. Pour vous donner une idée, la couverture réseau ne concerne que 5% du territoire du cirque, principalement autour de certains gîtes à La Nouvelle. Ailleurs, c’est le silence radio. La déconnexion n’est pas un choix, c’est un fait. Acceptez-le et préparez-vous en conséquence. Votre téléphone doit passer en mode avion dès le premier pas sur le sentier. Sa seule utilité sera de prendre des photos et de consulter les cartes que vous aurez préalablement téléchargées.

Pour gérer cette sobriété énergétique, voici la stratégie à adopter :

  • Téléchargez vos cartes avant de partir : Utilisez une application comme Visorando ou Maps.me et assurez-vous que les cartes de Mafate sont accessibles hors-ligne.
  • Passez en mode avion : C’est le premier réflexe à avoir. La recherche constante de réseau est ce qui vide le plus votre batterie.
  • Investissez dans une batterie externe : Une capacité de 20 000 mAh est un minimum pour tenir 3 jours en rechargeant un téléphone ou une frontale. Chargez-la à 100% avant de partir.
  • Demandez toujours l’autorisation : Si vous avez VRAIMENT besoin de recharger, demandez poliment au gîteur. Ne vous branchez jamais sur une prise sans permission. C’est considéré comme très impoli.
  • Préparez une participation : De plus en plus de gîtes demandent une petite participation (souvent 1€ ou 2€) pour une charge complète. C’est normal, vous utilisez leur précieuse production. Prévoyez la monnaie.

Cette déconnexion forcée est peut-être la plus belle chose qui puisse vous arriver. Vous allez redécouvrir le plaisir de discuter avec les autres randonneurs, de lire un livre à la frontale, ou simplement d’écouter le silence du cirque.

L’erreur d’emporter trop de vêtements de rechange pour 10 jours de marche

Plus le trek est long, plus la tentation est grande d’ajouter des vêtements « au cas où ». C’est un piège. Pour 10 jours de marche comme pour 3, la règle est la même : une tenue de marche, une tenue de repos. La différence, c’est qu’il va falloir intégrer une nouvelle routine dans votre quotidien : la lessive du soir. Croyez-en un vieux facteur, personne ne porte 10 t-shirts différents à Mafate. On lave. Ça fait partie de l’expérience, de ce retour à l’essentiel.

La technique est simple et se pratique dans tous les gîtes. Elle est le secret des randonneurs au long cours pour garder un sac léger et une hygiène correcte. Comme le racontent les habitués, les randonneurs expérimentés pratiquent la lessive du soir avec savon solide dans le lavabo du gîte. L’astuce : essorer dans une serviette et suspendre près d’une source de chaleur pour un séchage relatif pendant la nuit. Cette « source de chaleur » est souvent la salle commune où le poêle à bois (ou le feu dans le boucan) a tourné pour le repas. Le matin, même si le vêtement est encore un peu humide, la chaleur de votre corps en marchant finira le travail en moins d’une heure.

L’équipement clé pour cette stratégie, c’est le savon solide multi-usage (type savon de Marseille) et des vêtements en matière technique (synthétique ou mérinos) qui sèchent vite. Le coton est à proscrire : il met une éternité à sécher et garde l’humidité. Votre garde-robe pour 10 jours ressemblera donc étrangement à celle pour 3 jours :

  • 1 tenue de marche que vous lavez chaque soir (t-shirt, short ou pantalon de rando).
  • 1 tenue sèche et propre pour le soir au gîte (pantalon léger, t-shirt manches longues).
  • 3 à 4 paires de chaussettes, pour permettre une rotation et avoir toujours une paire sèche.
  • 3 à 4 sous-vêtements techniques.

C’est tout. C’est un exercice de minimalisme radical, mais c’est la seule façon de ne pas transformer votre trek en calvaire. Le poids que vous économisez en vêtements vous permettra de porter un peu plus de nourriture ou simplement de profiter de la légèreté.

En adoptant la routine de la lessive du soir, vous ne faites pas que gagner du poids. Vous adoptez un rythme, un rituel qui vous ancre dans la vie simple et fonctionnelle du cirque.

À retenir

  • La légèreté est la liberté : Votre objectif n’est pas d’avoir tout, mais de n’avoir que l’essentiel. Un sac de moins de 8 kg est la clé d’un trek réussi.
  • Votre déchet est votre responsabilité : Tout ce qui entre dans le cirque avec vous doit en ressortir. C’est une règle non négociable de respect pour les habitants et l’environnement.
  • Le liquide est votre seule monnaie : Anticipez votre budget et retirez suffisamment d’espèces avant d’entrer dans le cirque. Votre carte bancaire est inutile.

Pourquoi la remontée de Grand-Bassin est-elle plus dure que la descente ?

Cette question, on me la pose souvent, pas seulement pour Grand-Bassin, mais pour toutes les grosses remontées de Mafate. La réponse n’est pas que dans les jambes, elle est dans la tête. Physiologiquement, une descente de 800m de dénivelé est traumatisante pour les muscles et les articulations. Mais psychologiquement, on a un objectif : l’arrivée, le gîte, le repos. L’effort est porté par l’anticipation de la récompense. La remontée, c’est tout l’inverse. On part souvent le matin, déjà un peu fatigué de la veille, et l’objectif est lointain, parfois invisible. Chaque pas est une lutte contre la gravité, sans la promesse d’un repos imminent.

La remontée de la Brèche depuis Roche Plate vers le Maïdo est un exemple parfait. On la surnomme « le mur de Mafate ». Ce n’est pas la plus technique, mais elle est longue, exposée au soleil, et on voit le sommet s’éloigner à chaque lacet. Comme le décrivent ceux qui l’ont vaincue, la remontée de la Brèche vers le Maïdo est décrite comme un effort long face à la paroi, où chaque pas est une lutte contre la gravité. Les randonneurs témoignent d’un impact mental éprouvant après plusieurs jours de marche. La fatigue accumulée des jours précédents joue un rôle énorme. Le mental lâche avant les muscles.

Pour vaincre une grosse remontée, il ne faut pas se battre contre elle, mais l’apprivoiser. Il faut adopter une stratégie de gestion de l’effort, le fameux « pas du Mafatais ».

  • Partez aux aurores : Le départ doit se faire impérativement avant 6h du matin. L’objectif est de faire le plus gros de la montée avant que le soleil ne tape fort.
  • Fractionnez l’effort : Ne regardez pas le sommet. Fixez-vous des objectifs courts : le prochain virage, le prochain arbre. Faites des pauses courtes (5 minutes maximum) toutes les 30 minutes, juste pour faire baisser le cardio.
  • Hydratez-vous avant d’avoir soif : Buvez de petites gorgées régulièrement. Quand la soif arrive, il est déjà trop tard.
  • Adoptez le pas lent et constant : Trouvez un rythme très lent, presque décevant, mais que vous pouvez tenir sans vous arrêter. C’est le secret pour « manger » le dénivelé sans s’épuiser.
  • Nourrissez la machine : Mangez une barre de céréales ou des fruits secs pendant vos courtes pauses. N’attendez pas le coup de fringale.

La satisfaction d’arriver en haut après un tel effort est immense. Vous n’aurez pas seulement vaincu un sentier, vous aurez appris quelque chose sur votre propre résilience. Et c’est souvent le souvenir le plus marquant d’un trek à Mafate.

Rédigé par Stéphane Hoarau, Accompagnateur en Montagne Diplômé d'État (AEM) avec 18 ans d'expérience dans les cirques de Mafate, Cilaos et Salazie. Spécialiste de l'encadrement du Grand Raid et de la survie en milieu tropical accidenté.