
En résumé :
- La principale différence réside dans la diversité : une forêt de bois de couleurs est riche, dense et bruyante, tandis qu’une plantation de cryptomerias est une monoculture sombre, silencieuse et pauvre en sous-bois.
- L’observation ne se limite pas à la vue. Utilisez votre ouïe (chants d’oiseaux vs silence) et votre ressenti (lumière diffuse vs ombre dense) pour identifier un milieu.
- Appliquer des méthodes d’observation simples comme la méthode S.E.N.S. (S’arrêter, Écouter, Scruter, Suivre) décuple vos chances de découvrir la faune discrète comme le Tec-Tec ou le Tuit-Tuit.
- La protection de cette biodiversité commence par un geste simple : le nettoyage systématique de vos chaussures pour ne pas propager d’espèces envahissantes.
Sur les sentiers du GR R1, autour du majestueux Piton des Neiges, le randonneur est souvent saisi par l’omniprésence du vert. Pourtant, sous cette couleur unificatrice se cachent des mondes radicalement différents. Savoir distinguer une forêt primaire de bois de couleurs d’une plantation de cryptomerias n’est pas qu’une simple question de botanique. C’est la clé pour véritablement comprendre l’écologie de La Réunion, son histoire et la fragilité de ses écosystèmes. Beaucoup de marcheurs passent à côté de cette richesse, voyant une « forêt » là où se côtoient en réalité un trésor de biodiversité et une culture d’exploitation forestière.
La différence ne se voit pas toujours au premier coup d’œil, elle se ressent. Une forêt de bois de couleurs est un foisonnement de vie : la lumière peine à percer un couvert végétal hétéroclite, le sol est un tapis de feuilles, de lianes et de jeunes pousses, et l’air vibre des chants d’oiseaux. À l’inverse, pénétrer dans une plantation de cryptomerias, c’est entrer dans un univers ordonné, sombre et silencieux. Les arbres alignés créent une ombre si dense que presque rien ne pousse à leurs pieds. Le silence y est souvent total, car cet environnement simplifié n’offre que peu de ressources à la faune locale.
Cet article n’est pas un simple guide de reconnaissance. Il se veut une invitation à chausser les « lunettes » du naturaliste. Au-delà de nommer les espèces, nous allons apprendre à lire le paysage. Nous verrons comment l’altitude sculpte la végétation, où et comment chercher les créatures les plus discrètes, et pourquoi chaque geste, même le plus anodin comme cueillir une fleur, a des conséquences. En comprenant les récits botaniques que chaque sentier raconte, votre randonnée sur le GR R1 se transformera en une véritable exploration.
Ce guide est structuré pour vous accompagner pas à pas dans cette démarche d’observation consciente. Des gestes de protection essentiels aux techniques pour repérer la faune, chaque section vous donnera les clés pour déchiffrer la nature réunionnaise.
Sommaire : Déchiffrer les secrets botaniques et animaliers du GR R1
- Pourquoi nettoyer vos semelles avant d’entrer dans la réserve naturelle de la Roche Écrite ?
- Où avez-vous le plus de chances d’apercevoir l’oiseau le plus rare de l’île ?
- Tamarins des Hauts vs Branles : comment l’altitude dicte-t-elle le paysage végétal ?
- L’erreur de cueillir une orchidée sauvage croyant que c’est une fleur commune
- Insectes et phasmes : quels réglages pour capturer le petit monde des forêts humides ?
- Forêt de Bélouve : le meilleur sentier pour voir les fougères arborescentes millénaires ?
- Comment observer le Tec-Tec et les orchidées sauvages sans guide naturaliste ?
- Cœur habité et zones tampons : où commence réellement le patrimoine mondial ?
Pourquoi nettoyer vos semelles avant d’entrer dans la réserve naturelle de la Roche Écrite ?
Avant même de commencer à observer, le premier geste du randonneur naturaliste est de protéger. La menace la plus insidieuse pour les écosystèmes fragiles de La Réunion ne vient pas toujours de grands projets, mais se cache sous nos pieds. Les graines d’espèces exotiques envahissantes (EEE), comme le goyavier, la longose ou le bringellier marron, s’accrochent à la boue et aux crampons de nos chaussures. En marchant d’un site à un autre, nous devenons, sans le vouloir, des agents de dispersion, contaminant des zones encore préservées. La Réserve Naturelle de la Roche Écrite est l’un des derniers sanctuaires pour des espèces uniques au monde. L’île abrite plus de 238 espèces végétales protégées, et le simple fait d’introduire une plante invasive peut suffire à déstabiliser tout un équilibre en entrant en compétition avec la flore native pour la lumière et les nutriments.
Le nettoyage des semelles n’est donc pas une simple mesure d’hygiène, c’est un acte de biosécurité fondamental. Il s’agit de créer une barrière invisible entre les zones perturbées, souvent en basse altitude ou près des routes, et le cœur du Parc National. En prenant quelques minutes pour brosser ses chaussures, on participe activement à la préservation de plusieurs millions d’années d’évolution. C’est la première étape, et la plus cruciale, pour mériter le spectacle que la nature va nous offrir.
Plan d’action : Protocole de décontamination de vos chaussures
- Retirer les grosses particules : Avant d’arriver au point de nettoyage ou au début du sentier, utilisez un bâton ou une pierre pour enlever les plus gros amas de terre collés à vos semelles.
- Brosser vigoureusement : Avec une brosse dure, frottez l’intégralité de la semelle, en insistant particulièrement sur les rainures profondes et les espaces entre les crampons où les petites graines adorent se loger.
- Nettoyer les parties supérieures : N’oubliez pas les lacets, les œillets et les replis du tissu. Les graines peuvent s’y accrocher aussi facilement que dans la boue.
- Inspecter l’intérieur : Si vous avez retiré vos chaussures durant la randonnée ou traversé un cours d’eau, vérifiez qu’aucune particule végétale n’est entrée à l’intérieur.
- Utiliser les stations dédiées : Lorsque vous en trouvez, utilisez systématiquement les stations de biosécurité (brosses captives) installées par le Parc National aux entrées des sites les plus sensibles. Elles sont là pour ça.
Où avez-vous le plus de chances d’apercevoir l’oiseau le plus rare de l’île ?
Le Tuit-Tuit (Coracina newtoni), ou échenilleur de La Réunion, est un véritable fantôme des forêts. Avec une population estimée à quelques dizaines de couples seulement, c’est l’un des oiseaux les plus menacés de la planète, et il ne vit nulle part ailleurs. L’apercevoir demande de la patience, de la discrétion, et surtout, de savoir où et quand chercher. Oubliez les grands panoramas ; le Tuit-Tuit est un oiseau de la canopée, se déplaçant discrètement dans les hautes branches des forêts de bois de couleurs des Hauts.
Son habitat de prédilection est la forêt de Bois de Rempart, une formation végétale spécifique que l’on trouve dans la partie nord-ouest de l’île. Le sentier de la Roche Écrite, qui traverse son unique aire de répartition, est donc le seul endroit au monde où vous pourrez tenter votre chance. Les observations les plus régulières ont lieu entre les troisième et cinquième kilomètres du sentier. Pour maximiser vos chances, le timing est crucial. Le Tuit-Tuit est particulièrement actif tôt le matin, entre 6h et 8h, lorsqu’il part en quête de nourriture. Marchez lentement, faites des pauses fréquentes et tendez l’oreille. Son chant, un « tuit-tuit » flûté et mélancolique, est souvent le premier indice de sa présence.

Observer cet oiseau demande une posture de naturaliste : des mouvements lents, pas de bruits forts et une attention constante portée à la cime des arbres. Des jumelles sont quasi indispensables pour confirmer une identification. Voir un Tuit-Tuit est un privilège rare, un rappel puissant de l’incroyable patrimoine naturel que vous traversez et de l’urgence de le protéger.
Tamarins des Hauts vs Branles : comment l’altitude dicte-t-elle le paysage végétal ?
En progressant sur le GR R1, le paysage change de manière spectaculaire. Ces transformations ne sont pas aléatoires ; elles sont principalement dictées par un facteur implacable : l’altitude. Chaque étage altitudinal possède ses propres conditions de température, d’humidité, d’ensoleillement et de vent, créant des « ceintures » de végétation très distinctes. Comprendre cet étagement végétal, c’est comme apprendre la grammaire du paysage réunionnais. La Fédération Française de Randonnée le décrit bien pour le GR R1 :
La flore est caractérisée par un fort endémisme, avec des forêts de tamarins des Hauts, des brandes et des zones très humides.
– Fédération Française de Randonnée, Description du GR R1
Le passage de la forêt de Tamarins des Hauts (la tamarinie) à la lande à branles est l’un des contrastes les plus frappants. La tamarinie, que l’on trouve généralement entre 1200 et 1800 mètres, est une forêt emblématique, souvent baignée dans une brume quasi permanente. Les Tamarins des Hauts (Acacia heterophylla), avec leurs troncs tortueux et leurs houppiers parasol, créent une ambiance féerique. C’est un milieu relativement abrité où prospèrent de nombreuses autres espèces, comme les orchidées et les fougères.
En montant encore, au-delà de 1800 mètres, les conditions deviennent plus rudes. Le vent souffle plus fort, les températures chutent et les arbres de grande taille peinent à survivre. C’est le domaine de la lande à branles. Ici, la végétation est basse, dense et arbustive. Les espèces dominantes sont le branle vert (Erica reunionensis) et le branle blanc (Philippia montana), des arbrisseaux adaptés à ces conditions difficiles. Le paysage s’ouvre, offrant des vues plus larges, mais la biodiversité végétale au sol est différente, plus spécialisée et résistante.
Le tableau suivant, basé sur les observations le long des sentiers de grande randonnée, synthétise cet étagement :
| Altitude | Type de végétation | Espèces dominantes | Conditions climatiques |
|---|---|---|---|
| 800-1200m | Forêt de bois de couleurs | Bois de judas, Grand natte | Humidité élevée, température modérée |
| 1200-1800m | Tamarinie | Tamarins des Hauts | Nébulosité constante, vent modéré |
| 1800-2400m | Lande à branles | Branle vert, Branle blanc | Exposition au vent, température fraîche |
| 2400m+ | Végétation éricacée | Bruyères, lichens | Conditions extrêmes, gel possible |
L’erreur de cueillir une orchidée sauvage croyant que c’est une fleur commune
L’émerveillement face à une fleur magnifique peut parfois conduire à un geste lourd de conséquences. Sur les sentiers de La Réunion, et particulièrement dans les forêts humides comme Bélouve ou sur les flancs du Piton des Neiges, vous croiserez de nombreuses orchidées endémiques. Certaines sont spectaculaires, d’autres si discrètes qu’on pourrait les confondre avec des fleurs plus communes. L’erreur fatale est de céder à l’envie de la cueillir pour en faire un bouquet ou un souvenir.
Ce geste, qui peut sembler anodin, est strictement interdit et lourdement sanctionné. En effet, la quasi-totalité des 120 espèces d’orchidées indigènes de La Réunion sont protégées. L’arrachage, la cueillette ou même la simple mutilation d’une de ces plantes est un délit. Comme le stipule la réglementation, la destruction d’espèces protégées est passible de sanctions pénales, ce qui est encadré par le Code de l’environnement. Ces sanctions peuvent aller jusqu’à des amendes très élevées et même des peines de prison, car il s’agit de la destruction d’un patrimoine naturel irremplaçable.
Le principe est simple : « On ne touche qu’avec les yeux, on ne ramène que des photos ». La survie de ces espèces dépend de leur cycle de vie complet dans leur milieu naturel : floraison, pollinisation (souvent par des insectes très spécifiques) et dissémination des graines. Cueillir une fleur, c’est interrompre ce cycle et priver la nature de sa capacité à se régénérer. La meilleure façon d’honorer la beauté d’une orchidée sauvage est de prendre le temps de l’admirer, de la photographier sous tous les angles, et de la laisser intacte pour que le prochain randonneur puisse, lui aussi, connaître ce moment de grâce.
Insectes et phasmes : quels réglages pour capturer le petit monde des forêts humides ?
Si les grands paysages du GR R1 sont à couper le souffle, un univers tout aussi fascinant se cache à une échelle bien plus petite. Les forêts humides de La Réunion sont un paradis pour les entomologistes amateurs. Des phasmes maîtres du camouflage aux coléoptères aux couleurs métalliques, en passant par une myriade de papillons et d’araignées, ce micro-monde est d’une richesse incroyable. Cependant, capturer sa beauté en photo représente un défi technique, surtout à cause du manque de lumière sous la canopée dense.
Le secret réside dans la maîtrise de quelques réglages clés de votre appareil photo. Oubliez le mode automatique qui sera souvent perdu dans ces conditions de faible contraste. Pour la macrophotographie en forêt, il faut reprendre le contrôle. Le premier objectif est de gérer la profondeur de champ pour isoler votre sujet (l’insecte) de son arrière-plan complexe (les feuilles, la mousse). Le second est de capter assez de lumière sans créer de flou de bougé. Stabiliser l’appareil est donc primordial, car les temps de pose peuvent s’allonger.

L’observation attentive est la première étape. Les phasmes, par exemple, sont des experts en mimétisme. Il faut éduquer son œil à repérer les « anomalies » : une brindille qui semble avoir des pattes, une feuille qui bouge contre le vent. Une fois le sujet repéré, approchez-vous lentement et préparez vos réglages avant de faire la mise au point finale.
Vos points à vérifier pour la photo macro en forêt
- Mode Priorité Ouverture (Av ou A) : Pour contrôler précisément la profondeur de champ. Une ouverture moyenne (f/4 à f/8) est un bon compromis entre un arrière-plan flou et une netteté suffisante sur l’insecte.
- Sensibilité ISO : N’hésitez pas à monter entre 1600 et 3200 ISO pour compenser le manque de lumière et obtenir une vitesse d’obturation correcte. Le bruit numérique est préférable à une photo floue.
- Mesure de la lumière : Utilisez la mesure « spot ». Elle permet de faire l’exposition uniquement sur votre sujet principal (l’insecte) sans être trompée par un arrière-plan sombre ou clair.
- Vitesse d’obturation : Visez une vitesse minimale de 1/125s si vous êtes à main levée avec un objectif macro. En dessous, le risque de flou de bougé est très élevé.
- Stabilisation : Utilisez un trépied léger ou un « gorillapod » que vous pouvez enrouler autour d’une branche ou poser sur un rocher. C’est la meilleure garantie de netteté.
Forêt de Bélouve : le meilleur sentier pour voir les fougères arborescentes millénaires ?
La forêt de Bélouve est un lieu hors du temps. Accessible depuis la Plaine des Palmistes ou par le GR R1 depuis le gîte de Bélouve, elle est considérée comme l’une des plus belles forêts de bois de couleurs primaires de l’île. Son atmosphère est unique : une humidité constante, une lumière verdâtre filtrée par la canopée et un tapis de mousses et de sphaigne qui étouffe les bruits. Mais ce qui rend Bélouve si spéciale, ce sont ses fougères arborescentes, appelées localement « fanjans ».
Ces plantes, qui semblent tout droit sorties de la préhistoire, peuvent atteindre plusieurs mètres de haut. Le sentier le plus emblématique pour les admirer est sans conteste le « Sentier des Fanjans ». Cette boucle facile au départ du gîte de Bélouve est une immersion totale dans cet univers luxuriant. Le sentier, souvent aménagé en caillebotis pour protéger le sol fragile, serpente entre ces géants végétaux. Leur présence massive donne à la forêt un air de cathédrale végétale. Bien que le terme « millénaire » soit un peu exagéré, les plus grands spécimens sont effectivement centenaires. Leur âge peut être estimé, mais cela demande un œil exercé et surtout, le respect de la plante.
Observer ces fanjans, c’est aussi comprendre leur rôle dans l’écosystème. Leurs larges frondes créent un microclimat plus frais et humide à leur pied, favorisant le développement de mousses, d’orchidées et d’autres plantes épiphytes. Pour estimer leur âge sans jamais les abîmer, voici quelques indices à chercher :
- Observez les cicatrices foliaires sur le stipe (le « tronc »). Chaque cicatrice correspond à une ancienne fronde tombée.
- Sur une portion de 50 cm de hauteur, essayez de compter le nombre de ces cicatrices.
- Selon l’espèce et les conditions, la croissance annuelle est estimée entre 5 et 10 cm. Une fougère de 3 mètres peut donc facilement avoir entre 30 et 60 ans.
- Les plus grands spécimens, qui peuvent dépasser les 5 mètres, sont probablement âgés de plusieurs centaines d’années.
- La règle d’or est de ne jamais toucher, gratter ou marquer le tronc pour compter. L’observation visuelle suffit.
Comment observer le Tec-Tec et les orchidées sauvages sans guide naturaliste ?
Même sans être accompagné d’un guide expert, il est tout à fait possible de faire des observations naturalistes enrichissantes sur le GR R1. Le secret ne réside pas dans une connaissance encyclopédique, mais dans l’adoption d’une méthode et d’une attitude. Deux cibles emblématiques et relativement faciles à observer pour le débutant sont le Tec-Tec (Saxicola tectes) et les orchidées sauvages en fleur.
Le Tec-Tec est un petit oiseau endémique très curieux et peu farouche. On le reconnaît à son plumage contrasté (noir et blanc pour le mâle, plus brun pour la femelle) et à son habitude de se percher bien en vue sur une branche ou un rocher en émettant de petits cris secs. On le trouve dans presque tous les milieux ouverts et en lisière de forêt, souvent en train de chasser des insectes au sol. Pour l’observer, il suffit de marcher tranquillement et de prêter attention aux branches basses et aux rochers en bordure de sentier. Il viendra souvent de lui-même à votre rencontre. Les orchidées, quant à elles, demandent de ralentir le pas et de scruter attentivement les troncs d’arbres moussus et les talus humides, surtout pendant l’été austral.
Pour mettre toutes les chances de votre côté, la meilleure approche est la méthode S.E.N.S., un acronyme simple pour guider votre attention :
Checklist d’observation : La méthode S.E.N.S.
- S’arrêter : Discipline-vous à faire une pause complète toutes les 30 minutes. Coupez le rythme de la marche pour laisser la nature « reprendre sa place ».
- Écouter : Fermez les yeux pendant une minute. Concentrez-vous sur l’univers sonore. Essayez de distinguer le chant des oiseaux, le bruit du vent dans différents types de feuilles, le bourdonnement des insectes.
- Scruter les Niveaux : Ne regardez pas seulement devant vous. Balayez méthodiquement votre environnement sur trois niveaux : le sol (traces, insectes), les troncs et les buissons (orchidées, phasmes), puis la canopée (oiseaux).
- Suivre le mouvement : Votre œil est naturellement attiré par le mouvement. Suivez des yeux tout ce qui bouge. Souvent, un mouvement fugace trahit la présence d’un oiseau ou d’un lézard.
Enfin, le calendrier joue un rôle essentiel. On ne cherche pas les mêmes choses au même moment de l’année.
| Saison | Espèce à observer | Meilleur lieu sur GR R1 | Période optimale |
|---|---|---|---|
| Été austral (Nov-Avr) | Orchidées en floraison | Forêt de Bélouve | Décembre-Février |
| Hiver austral (Mai-Oct) | Tec-Tec | Forêts d’altitude | Juin-Août (matin) |
| Toute l’année | Oiseaux endémiques | Zones de transition végétale | Lever du soleil |
À retenir
- Observer, c’est comparer : La clé pour différencier les milieux (forêt native vs plantation) est de se fier aux contrastes de diversité, de lumière et de sons.
- L’altitude est le chef d’orchestre : Le passage de la forêt de bois de couleurs à la tamarinie puis à la lande à branles suit une logique climatique dictée par l’altitude.
- La protection est un prérequis : La biosécurité (nettoyage des chaussures) et le respect absolu de la flore (ne rien cueillir) sont les gestes fondamentaux de tout randonneur naturaliste.
Cœur habité et zones tampons : où commence réellement le patrimoine mondial ?
En parcourant le GR R1, notamment dans le cirque de Mafate, on traverse des îlets habités, des champs de chouchous, de bananiers et d’agrumes. On pourrait alors se demander où se termine le « village » et où commence le patrimoine mondial de l’UNESCO. La réponse est subtile : vous êtes déjà en plein dedans. Le classement des « Pitons, cirques et remparts » de La Réunion par l’UNESCO reconnaît une « valeur universelle exceptionnelle » qui inclut non seulement une nature spectaculaire mais aussi l’interaction entre l’homme et cet environnement.
Le concept de l’UNESCO est basé sur une zone « cœur », qui constitue le bien à protéger de manière stricte, et une zone « tampon » autour, où les activités humaines doivent être gérées durablement pour ne pas impacter le cœur. Sur le GR R1, vous naviguez constamment entre ces zones. Les îlets de Mafate, par exemple, sont considérés comme un « cœur habité ». Leur existence, leur culture et leur mode de vie agro-pastoral traditionnel font partie intégrante du patrimoine à préserver. Voir des cultures de « chouchou » (chayotte) ou de canne à sucre à côté d’une forêt endémique n’est pas une contradiction, mais le témoignage vivant de l’histoire du peuplement de l’île.
Votre randonnée prend alors une autre dimension. Chaque forêt que vous apprenez à identifier, chaque oiseau que vous parvenez à observer, s’inscrit dans ce grand ensemble. Comprendre la différence entre une forêt de bois de couleurs et une plantation de cryptomerias, c’est comprendre les choix passés de gestion du territoire. Observer un Tuit-Tuit, c’est toucher du doigt l’extrême fragilité qui a justifié ce classement mondial. Votre rôle de randonneur-observateur n’est donc pas passif. En appliquant les principes de respect et de biosécurité, vous devenez un acteur de la préservation de ce patrimoine. Chaque observation, chaque prise de conscience, renforce la valeur de ce lieu et la nécessité de le protéger pour les générations futures.
L’étape suivante, pour vous, est de mettre ces connaissances en pratique sur le terrain. Lors de votre prochaine randonnée sur le GR R1, prenez le temps d’appliquer la méthode S.E.N.S., de comparer les ambiances des différentes forêts et de chercher les traces discrètes de la faune. C’est ainsi que votre regard se transformera et que chaque sortie deviendra une aventure naturaliste.